
Le Risque du héros E-book
Il y a neuf ans, Celine Hernandez m’a brisé le cœur. Il y a huit ans, elle l’a sérieusement piétiné. Quand Celine s’est installée à Los Angeles après le lycée, j’ai intégré les Marines.
Après avoir quitté l’armée, je suis de retour chez moi, dans le Tennessee, où je réalise mon rêve en tant que joueur de hockey professionnel. Maintenant, elle aussi est de retour pour tourner un film, me rappelant un passé que je me suis efforcé d’oublier.
Elle a beau évoluer sous le feu des projecteurs, on dirait qu’elle n’est jamais partie. Celine est partout où je vais : chez ma grand-mère à laquelle je rends visite, au café avec ma sœur... et je n’ai pas d’autre choix que de songer à cette époque où la vie n’était pas aussi difficile. Quand je me sentais comblé et épanoui. Heureux.
Pourtant, je ne peux plus me fier à ces sentiments. Je ne suis plus le même homme que dans les souvenirs de Celine. J’ai trop perdu, trop souffert, et je suis trop brisé pour les secondes chances.
Mon coeur sera-t-il capable de supporter le risque que représente cette femme de toutes mes premières fois ? Et notre seconde chance sera-t-elle pour moi un sacrifice plus qu’une rédemption ?
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Extrait exclusif : Le Risque du héros, Chapitre 1
— Une vraie star d’Hollywood ! Dans notre ville, s’écrie une adolescente devant son portable.
Je me retiens de rouler des yeux tandis que je traverse le stade de hockey, la Ruche, jusqu’au parking. La patinoire est bondée aujourd’hui, ça déborde de jeunes et d’adolescents venus pour des stages. Dieu merci, c’est la dernière semaine.
— Elle est originaire d’ici, tu sais, explique une nouvelle voix, celle d’une femme d’âge moyen dans la file pour les cupcakes de Primrose Sweets, à son amie.
— Elle a été diplômée au lycée de Fallsview.
— Promo de 2013, confirme son amie.
Mon ventre se noue à la mention du nom de mon lycée. Et se tord davantage à la mention du nom de mon ex-petite amie.
Pas simplement ex-petite amie. L’ex-amour de ma vie. Celui qui s’est enfui… et est resté loin. Jusqu’aujourd’hui.
La chaleur de septembre me frappe quand je pousse les portes de la patinoire. Mon équipe de hockey, les Thunderbolts du Tennessee, débute la saison dans deux semaines. Alors que mes coéquipiers sont concentrés sur la saison, mon esprit est sens dessus dessous. Parce que le week-end dernier, tandis que ma petite sœur Béa me montrait l’espace qu’elle loue pour ouvrir sa boutique de poterie, elle m’a balancé une bombe au visage.
Céline rentre à la maison, à Knoxville, pour tourner un film.
Ensuite, la bombe a explosé.
Céline arrive cette semaine.
La nouvelle m’a emporté dans une vague nouvelle d’angoisse.
Depuis ma libération honorable des Marines, il y a plus de deux ans, j’ai eu beaucoup de mal à me réajuster à la vie civile. À avancer. Évidemment, j’ai réalisé mon rêve de gamin en jouant pour la NHL, mais le hockey est la seule chose qui me garde sain d’esprit.
Loin de la glace, je ressens tout le poids de mes déploiements et de mes affectations. L’angoisse s’enroule autour de mes épaules comme une cape et me serre fort quand mon contrôle dérape. Quand ma routine est déstabilisée. Quand je doute de moi.
Je pensais que j’allais mieux. Quand Béa est rentrée à la maison en janvier et a pris le relais avec grand-mère, cela m’a permis d’emménager dans mon propre appartement dans le sud de Knoxville. De simples choses comme respirer sont devenues plus faciles. Je m’améliorais.
Jusqu’aujourd’hui.
Avec l’arrivée imminente de Céline, je me sens comme coincé dans une camisole de force. Mes nerfs sont ébranlés, mon contrôle inexistant, mes insécurités sont en état d’alerte. La femme qui m’a, au sens propre comme au figuré, mis à genoux, est de retour pour vivre dans notre ville natale, où nos chemins se croiseront sans nul doute. Régulièrement.
Je balance mon sac d’entraînement sur le siège arrière de mon véhicule et me glisse derrière le volant. J’enclenche le contact, allume l’air conditionné et laisse mon crâne retomber sur l’appuie-tête. Je ferme les yeux. Respire.
Céline et moi nous sommes revus au quatre-vingt-dixième anniversaire de grand-mère en avril. C’est à cet événement que j’ai appris que Béa et Céline ne se sont jamais perdues de vue, tout comme Céline et moi. C’était une fête où j’ai vu mon ex-petite amie interagir avec mes frères comme si c’était normal. Son amour et son inquiétude pour eux éclipsaient la gêne qui existe entre elle et moi.
Céline Hernandez, avec ses longs cheveux bruns, ses grands yeux langoureux, ses lèvres pulpeuses, est une star de cinéma. Mais ce week-end-là, elle était toujours cette beauté aux yeux brillants qui a grimpé à la fenêtre de ma chambre chaque soir pendant un mois quand mes parents sont décédés. À quatorze ans, mon monde m’a été arraché quand l’hélicoptère dans lequel ils voyageaient s’est crashé. Alors que j’étais déterminé à garder mes frères et ma sœur sains et saufs tandis que grand-mère était devenue notre tutrice du jour au lendemain, Céline était là, à la vie à la mort.
Elle a appris à Béa à se maquiller. Elle faisait des cupcakes pour l’anniversaire de Brody. Elle n’a pas eu peur quand Bodhi s’est fait son premier tatouage dans le cou. Elle était la stabilité, le calme, le roc de mon putain d’univers tout en entier.
Jusqu’à ce qu’elle emménage à Los Angeles et ne se retourne jamais.
Putain. J’ouvre les yeux et donne un coup au volant.
Qu’est-ce qu’elle fout ici ? Pourquoi a-t-elle accepté ce film ? Pourquoi veut-elle nous replonger dans cette douleur et les morceaux de cœur brisé que j’ai passé les huit dernières années à essayer d’accepter ?
M’éloignant de la Ruche, je dirige mon bolide en direction de la maison de grand-mère. Pour faire taire les bruits dans ma tête, j’allume la radio.
— Céline Hernandez revient en ville ! annonce le présentateur.
Je la coupe.
Céline est partout, tout comme elle l’était quand nous étions plus jeunes. En y repensant, je devrais m’enfuir en Afghanistan pour échapper à sa présence et même là-bas, ses yeux attendrissants me suivraient jusque dans mon sommeil agité.
C’est elle qui est partie. C’est elle que je ne pourrai jamais reconquérir.
Il y a trop de douleur, trop de rancœur des deux côtés pour le permettre.
Alors, à quoi est-ce qu’elle joue ?
* * *
— Évidemment que tu restes pour dîner, m’interrompt grand-mère alors que je cherche une excuse pour sauter le dîner ce soir.
— Grand-mère…
— Tu dois manger mieux, Beau. Tu es un sportif, dit-elle en insistant sur ce dernier mot comme si j’avais oublié qu’à vingt-huit ans je vivais mon rêve en jouant à la NHL.
Béa ricane.
— Écoute ta grand-mère, Beau.
Cole, mon coéquipier et le petit copain de ma petite sœur, me tend un verre d’eau.
— Tu pourrais aussi laisser tomber, me conseille-t-il.
Je marmonne dans ma barbe, mais je retourne dans la cuisine.
— Bodhi nous rend visite dans quelques semaines, déclare grand-mère en me décochant un sourire. Je veux que tu sois là aussi.
Je renifle.
— Tu me dis ça comme si je n’étais pas tout le temps là.
— Parfois quand tu es là, tu n’es pas vraiment là, réplique grand-mère.
Béa grimace et Cole détourne le regard. Ma sœur et son copain se dirigent vers la terrasse et me laissent seul avec la bonne vieille dame qui pourrait me battre à plate couture si elle le décidait.
— Grand-mère, dis-je doucement.
— Je sais que tu traînes des démons, Beau.
Elle se retourne et pointe ses pinces vers moi.
— Mais tu es revenu depuis deux ans maintenant. Il est temps de commencer à te faire à la vie civile. La vraie vie.
— C’est ce que je fais.
Je suis bien trop sur la défensive pour être crédible. Je brandis une main en l’air.
— J’ai un job, un appartement, des amis.
— Pas de hobbies, me fait remarquer
— Je joue…
— C’est ta carrière, me coupe-t-elle avant que je ne puisse prononcer le mot hockey. Tu n’as pas de petite amie.
— Je sors ave…
— Qui ? m’interrompt-elle de nouveau avant que sors ne franchisse mes lèvres.
Je fais craquer mon cou pour tenter de me détendre. Les mots de grand-mère ont touché un point sensible. Mais que veut-elle que je dise ? Que je suis un solitaire ? Que mon esprit réside toujours de l’autre côté de l’océan la moitié du temps ? Que Céline infiltre toujours mes rêves ?
— Je m’inquiète pour toi, Beau.
Ses paroles sont douces.
Je croise son regard. La compassion sincère dans ses yeux bleu ardoise, cette même couleur que les miens, m’ancre.
— Je vais bien, grand-mère.
Sa bouche s’incurve en un presque sourire.
— Certains jours, oui.
Je soupire.
— Je reste pour le dîner.
Cette fois, elle me sourit vraiment.
— Cela me ferait vraiment plaisir.
— D’accord.
J’avance vers le porche pour pouvoir rattraper le temps perdu avec Béa.
— Dresse-toi un autre couvert sur la table, me lance grand-mère.
Je pouffe. Je sors une assiette et des couverts de l’étagère, me dirige vers la table et fronce les sourcils quand je compte les places déjà dressées. Je dépose ce que j’ai pris.
— Grand-mère, c’est déjà dressé pour quatre.
— Je sais, dit-elle vaguement en agitant son portable devant moi.
Blake vient de lui faire livrer le dernier iPhone et elle adore être à la pointe de la technologie, même avant Béa.
— Je dois prendre cet appel, Beau. C’est mon médecin.
Je lui fais un signe en me demandant qui d’autre se joint à nous pour dîner.
La moustiquaire vers la terrasse claque et j’entends ma sœur et Cole rire, leur voix se faisant de plus en plus basse tandis qu’ils descendent les marches. Ils vont sans doute faire une petite balade pour passer du temps en tête à tête. Savoir qu’ils ont tous les deux des agendas très chargés m’oblige à rester dans la salle à manger. Je ne veux pas les interrompre.
Des années plus tôt, quand Céline et moi étions ensemble, je me demande si mes frères et ma sœur ressentaient la même chose. Pensaient-ils qu’ils nous dérangeaient quand ils nous surprenaient enlacés ? Quand ils interrompaient une blague qu’on se racontait ?
Probablement pas, sachant que mes frères et ma sœur étaient adolescents à l’époque. Ils n’étaient pas suffisamment conscients de ce que ça faisait d’être épris d’une femme, d’être en couple, que ce soit si intense que cela rivalise avec la gravité.
Mais pour l’avoir vécu et l’avoir perdu, je perçois le rire essoufflé de Béa et le gloussement de Cole différemment. Seigneur, qu’est-ce qui cloche chez moi pour que le bonheur de ma sœur, un bonheur qu’elle mérite vraiment, m’emplisse d’un voile de chagrin ? De douleurs fantômes de joie que je n’ai plus ressentie depuis des années ?
Je soupire longuement, m’empare de la petite boîte de pilules dans ma poche et en avale une. Le médicament fait rapidement effet et soulage une partie de l’incertitude qui fait rage dans mon esprit ainsi que la tension qui noue les muscles de mon cou.
Depuis mon dernier déploiement en Afghanistan, je prends des antidépresseurs. Doucement, mon dosage a diminué et mon objectif est d’en être totalement débarrassé l’année prochaine. Mais depuis que les nouvelles sur Céline Hernandez ont atterri sur mes genoux telle une grenade, j’ai de nouveau eu besoin d’une pilule pour apaiser la brûlure.
La sonnette retentit et je fronce les sourcils.
— Beau, tu veux bien aller ouvrir ? crie grand-mère.
Je soupire de nouveau et me dirige vers la porte d’entrée. À travers la moustiquaire, je peux apercevoir la silhouette d’une femme, mais son visage est caché par le soleil couchant.
Ensuite, je me décale, elle apparaît et mon cœur s’arrête instantanément.
Son sourire, comme du miel chaud, fend son visage. Elle lève une main pour me saluer.
J’ouvre la porte.
— Salut, Beau, murmure Céline.
Mes yeux se plissent, mon rythme cardiaque augmente. Mes putains d’antidépresseurs sont inutiles pour cet instant auquel je ne suis absolument pas préparé.
Le sourire de Céline disparaît. Ses yeux s’assombrissent.
— Tu ne savais pas ?
Je laisse échapper un rire jaune.
— Au sujet du film ? Si, tout le monde ne fait qu’en parler.
Elle déglutit, prend une seconde pour rassembler ses esprits. Elle n’est pas irréfléchie comme cette nouvelle version de moi ; Céline ne perd pas le contrôle.
— Non, je parlais du dîner. Grand-mère m’a invitée.
Mon rire résonne de nouveau. Plus dur cette fois.
Mon ex-tout tressaille.
La culpabilité colore mon échec, amplifie ma gêne, pourtant confirmée.
— Bien sûr qu’elle t’a invitée, craché-je avant de pouvoir me retenir.
C’est donc de ça que grand-mère parlait ?
Céline piétine, l’air encore plus mal à l’aise qu’elle ne l’a jamais été sur cette terrasse auparavant.
— J’ai apporté le dessert.
Elle me tend une boîte tout droit venue de la boulangerie Annabelle’s qui contient sans doute une tarte au babeurre.
Je soupire connaissant le temps d’attente pour une tarte chez Annabelle’s. Des heures. C’est un geste attentionné et, attendez, est-ce que Céline a envoyé un assistant chercher la tarte ? Quand est-elle arrivée en ville ? Je pensais qu’elle n’arriverait pas avant plusieurs jours. Pourquoi est-ce que grand-mère ne m’a rien dit ? Je suis certain que Béa m’aurait préparé pour cette rencontre, ce repas.
Céline s’éclaircit la gorge délicatement.
— Est-ce que je peux entrer ?
Je cligne lentement des paupières et tente d’éradiquer les étranges pensées de mon esprit. Ce n’est pas une embuscade, c’est un dîner chez ma grand-mère. Je plonge plus profondément et retrouve mes bonnes manières.
— Bien sûr.
Je fais un pas de côté et lui tiens la moustiquaire tandis que Céline entre.
— Céline !
Ma sœur réapparaît en grimpant les marches deux par deux pour pénétrer la maison. Elle prend mon ex dans ses bras.
— Oh, Béa ! Je suis si heureuse d’être à la maison, partage Céline.
Par-dessus leur embrassade, Cole croise mon regard. Ce qu’il lit dans le mien lui fait serrer la mâchoire. Mais l’instant d’après, il se détend pour déposer un baiser sur la joue de Céline.
Grand-mère arrive et attire précipitamment Céline plus loin dans la maison. Elle l’assaille de questions sur son film, son vol, sa vie à Los Angeles.
Je suis ma famille jusque dans la salle à manger tandis que grand-mère tire une chaise pour Céline. Béa remplit son verre de vin. Cole s’avance pour me prendre la tarte des mains.
Il siffle tout bas.
— Annabelle’s. Elle ne plaisante pas.
— Non, cédé-je en me raclant la gorge.
Céline Hernandez n’aime pas les plaisanteries. Elle va droit au but, elle vise directement le putain de cœur. Je l’ai appris à mes dépens.
Maintenant qu’elle est de retour, je ne dois pas l’oublier.
Tout comme je n’arrive pas à l’oublier elle.














