Chapitre 2 : Axel
Ma paume est trop large pour la jolie tasse de café. Je la serre un peu trop, mes phalanges craquent et je sens que l’argile manque de céder. Merde. Je détends ma poigne et détourne mon regard du couloir qui mène aux toilettes. Maisy Stratford va bien. Bien sûr, elle a été secouée. Et ouais, River Patton a intérêt à lui présenter ses excuses pour lui avoir foncé droit dessus et avoir ruiné sa robe. Pour ne pas dire sa journée. Ne parlons même pas de son ex-petit ami minable. Je n’ai jamais rencontré Josh, mais tout ce que j’ai entendu sur lui me dit tout ce que j’ai besoin de savoir. On aurait déjà dû l’assommer en primaire et remettre le connard à sa place.
J’évacue ma frustration en soupirant, mais cela ne calme pas mon côté protecteur bouillonnant dans mes veines, mêlé à l’adrénaline.
Maisy Stratford va bien. Elle gère – le fiasco des muffins, la rupture, mon choix de robe – avec plus de grâce que n’importe quelle femme que je connais.
Une horrible pensée me traverse l’esprit et je regarde à nouveau le couloir. Et si elle était en train de pleurer dans la salle de bains en ce moment même ? Et si elle était parvenue à se retenir jusqu’à ce que nous arrivions ici, et que maintenant, elle est détruite et seule ?
J’ai une fille de vingt et un ans ; je comprends l’étendue émotionnelle complexe, pour ne pas dire spectaculaire, des femmes.
Je déglutis et suis sur le point de me mettre debout et de traverser le couloir quand Maisy tourne au coin. Mon cœur vient se loger dans ma gorge, et ma poitrine se tord comme après avoir reçu un coup.
Maisy Stratford est magnifique, putain.
Des ondulations blondes dansent au-dessus de ses épaules, elle a des yeux d’un bleu caraïbe au lever du jour et des courbes – délicieuses, naturelles et réelles – dans lesquelles je veux plonger mes doigts. La robe les épouse toutes et tandis qu’elle passe ses mains sur ses hanches, un petit sourire se dessine sur son visage.
Ce sourire me donne l’impression d’avoir gagné à la loterie. Deux fois.
Elle adore la robe. Elle m’a fait confiance et je lui ai apporté ce truc, ce sentiment qu’elle cherchait. Je l’ai fait sourire alors que sa journée s’effondrait.
Je me rassieds sur ma chaise, expirant lentement pour me ressaisir.
Mon cœur bat trop vite, mon genou tremble sous la table tant je suis nerveux. Bon sang, même ma barbe me démange, comme si j’étais un sale gosse qui se faisait passer pour un adulte. Avec Maisy, je me sens comme un débutant sur le point de monter sur la glace pour mon premier grand match au lieu d’un expert qui joue déjà depuis un bon moment.
Maisy avance jusqu’à la table et je ne peux pas m’empêcher de la regarder. Quand elle en atteint le bord, elle se mordille nerveusement le coin de la bouche.
— Encore merci pour la robe.
Elle tire sur la chaise en face de la mienne et s’assied.
Je m’éclaircis la gorge et sens le bout de mes oreilles chauffer, ce qui est ridicule.
— Tu es…
Maisy lève les yeux et je me fige.
Magnifique. Sublime. Parfaite.
— Pas mal.
Elle sourit.
— Merci, Axel.
Je hoche la tête et me dissimule derrière le menu. Pas mal ? C’est ça, mon meilleur adjectif ? Pourquoi ne suis-je pas capable d’agir normalement avec Maisy ? Pourquoi ne puis-je pas être un peu plus charmant et aimable comme mon frère Asher ? S’il était là, il saurait exactement quoi dire. Il n’hésiterait pas, caché derrière un menu, comme moi.
Depuis la première fois où j’ai rencontré Maisy, quand Mila lui a demandé de venir boire des verres avec des gars de l’équipe, je suis incapable de détourner le regard d’elle. Mais ça, c’était quand elle sortait avec Josh et que je savais que tout ce que je pouvais être c’était une connaissance quelconque, un gars qui lui commande à boire et qui propose de la ramener.
Maintenant, elle est célibataire. Et ça a ouvert une porte de possibilités que je ne me suis jamais autorisé à considérer. Parce que je ne vais jamais en rancard et je n’ai pas de relations sérieuses. J’ai Lola ; je suis un papa. Le papa d’une fille. Ça sera toujours ma priorité, ça passera avant tout le reste.
Ma dernière relation, quand Lola n’avait que huit ans, a dérapé après deux ans et Lola s’est tellement sentie dévastée de voir mon ex-petite amie sortir de sa vie que c’était suffisant pour que je mette un holà.
Marisol est rapidement passée à autre chose en se fiançant à peine un an plus tard, puisqu'elle disait qu’avec moi c’était impossible. Elle fut mariée, propriétaire d’une maison et maman dans l’espace de deux années. Lola a pleuré quand la carte de Noël montrant le joli petit bébé de Marisol est arrivée. Et je mentirais si je disais ne pas l’avoir reçue comme un coup de poignard dans la poitrine.
Mais Lola est grande maintenant…
— J’adore cet endroit.
Maisy rompt le silence et observe ce café moderne avec des posters d’Andy Warhol sur les murs, des plantes suspendues et des tasses à café dépareillées.
— Moi aussi, admets-je. Lola et moi venons bruncher ici tous les dimanches.
Les yeux de Maisy s’illuminent à la mention de Lola, ce qui me surprend parce que la plupart des femmes sont soit choquées, soit déçues quand elles apprennent que j’ai une fille. D’accord, Maisy savait déjà que j’étais papa, mais nous n’avons pas souvent parlé de Lola.
— C’est une tradition sympa. Mon père et moi allions dîner ensemble une fois par mois quand j’étais étudiante ici. Le premier mercredi du mois, rit-elle en y repensant. Nous prenions presque chaque fois le petit-déjeuner à l’heure du dîner à la Cafétéria de Betsy.
— Tu étais une Volontaire ? Je ne savais pas que tu étais allée à l’Université du Tennessee, comme Lola.
— Eh oui, je chantais le Rocky Top.
Je souris en hochant la tête face à cette référence à l’université et son programme de football.
— Donc, tu es une fan de foot ?
Maisy fronce le nez, comme si elle ne voulait pas l’admettre devant moi.
J’expire, ce qui ressemble à un gloussement.
— J’ai grandi devant Friday Night Light et dans les soirées parking et coffres ouverts, explique-t-elle en haussant innocemment les épaules.
— On dirait que c’est le cas de tout le monde par ici.
Je regarde autour de nous, mais je veux indiquer tout l’État du Tennessee. Ce n’est pas un secret que les Coyotes de Knoxville, la fierté du football du Sud, détiennent l’amour et le respect de l’État alors que les Thunderbolts, et le hockey en général, sont des nouveaux. Nous n’avons pas un dixième des fans ou du soutien témoigné au football.
— J’ai hâte que la saison de hockey commence, dit-elle, le regard sincère. Je n’ai jamais suivi le hockey avant, mais on dirait que c’est l’année idéale pour apprendre.
— Parce que tu es désormais une Bolt et que Mila est la kiné de l’équipe ?
Elle hausse les épaules, confirmant mes doutes.
— Si tu as des questions au sujet du match, tu sais à qui demander.
Je me penche un peu plus sur la table.
Maisy mordille le coin de sa bouche à nouveau et bon Dieu, est-ce que je suis en train de la draguer ? Elle aussi ? Sommes-nous… en train de tâter le terrain ?
— Salut, Daire, annonce une voix aiguë.
Je me tourne vers la serveuse et je la regarde presque à deux fois quand je me retrouve face à face avec Jasmine Cates, la meilleure amie et coloc de Lola.
— Jas, qu’est-ce que tu fais ici ? demandé-je.
Elle hausse un sourcil, me jugeant silencieusement. Ensemble, Lola et Jas se sont donné pour mission de me caser avec des femmes allant de maman poule dans leur sororité à la libraire ou encore à la femme qui tient la boutique en ville où j’ai acheté la robe de Maisy. La lueur approbatrice dans le regard de Jasmine quand elle découvre Maisy me laisse penser qu’elle a remarqué la robe.
Jas brandit un petit carnet et un stylo.
— J’ai un job.
— Sérieusement ? plaisanté-je, tentant de ne pas rire.
Elle lève les yeux au ciel.
— Oui, D, sérieusement.
Elle raccourcit mon surnom, Daire, à son D habituel. Elle fronce le nez comme si ça lui était douloureux de l’admettre et je me sens instantanément mal. Et inquiet.
Jasmine est la meilleure amie de ma fille, et ces dernières années, elle est également devenue ma fille de substitution. Elle se joint souvent à Lol et moi pour le petit-déjeuner du dimanche. Elle a l’habitude de venir à la maison pour faire sa lessive. Et quand Lola a trop bu à sa première soirée d’université et ne s’arrêtait plus de vomir, Jasmine a eu l’intelligence de m’appeler à l’aide pour lui faire traverser cette mauvaise passe et pour surveiller le comportement de Lola.
— Est-ce que tout va bien ? demandé-je en me redressant sur ma chaise.
En face de moi, je sens Maisy qui me scrute.
Jas opine du chef.
— Ouais. Nickel.
— On en discute dimanche.
Elle ricane en posant les yeux sur Maisy.
— Carrément qu’on va en discuter.
Exaspéré, je soupire.
— Maisy, voici la meilleure amie de Lola, une deuxième casse-pieds, Jasmine Cates.
Maisy sourit.
— Salut, Jasmine. Enchantée.
— De même !
Jas sourit à Maisy, les yeux pétillants.
— J’adore ta robe !
— Oh, rougit Maisy en baissant le regard sur le tissu couleur pêche. Merci.
— Qu’est-ce que je vous sers à boire ? Ou à manger ? Le pain perdu au Nutella est incroyable. Les toasts du ranch aussi, si vous êtes plutôt végans.
J’agrippe le bas de la table. Jasmine va s'en donner à cœur joie avec cette histoire et je sais que ça ne tardera pas – dix minutes tout au plus – avant que Lola ne soit elle aussi sur mon dos. Elles vont vouloir tout savoir. Oh, le petit-déjeuner de dimanche va être long et pénible.
— Je vais prendre le petit-déjeuner classique, s’il te plaît, commande Maisy. Avec des œufs brouillés. Et j’adorerais, enfin, j’ai plutôt désespérément envie d’un latte au lait d’avoine.
— Très bien.
Jas griffonne sa commande et commence à s’éloigner.
— Hé, et moi ? lancé-je dans son dos.
Elle rit.
— Je sais pour toi, D.
Je secoue la tête.
— Désolé.
— Pour quoi ? demande Maisy, amusée.
Je soupire.
— Jasmine va appeler Lola dans dix secondes environ. Et ensuite, elles vont toutes les deux me piailler aux oreilles. Je n’ai pas envie d’avoir l’air méchant, mais… j’aimerais que ma fille et sa meilleure amie laissent ma vie amoureuse tranquille.
Plutôt que de paraître étonnée, Maisy rit. Et c’est comme une musique, douce et mélodieuse.
— Est-ce que Lola veut que tu voies quelqu’un ?
— Désespérément, admets-je. Elle dit que j’ai maintenant un âge où je devrais chercher le bonheur.
J’ai formé des guillemets pour « chercher le bonheur » en utilisant les mots de Lola et Maisy rit à nouveau.
— Je te jure, la moitié du temps, je ne comprends rien à ce qu’elle raconte.
— Les choses sont si différentes de l’époque où tu étais ado ?
Une lueur taquine passe dans ses yeux.
— Ah, me moqué-je et son sourire s’élargit. En effet. Je suis un vieux de trente-six ans.
Le regard de Maisy s’adoucit. Hésitante, elle demande :
— Quel âge avais-tu quand tu as eu Lola ?
Je marque une pause. Je n’ai jamais partagé ces détails. En fait, généralement, j’évite de parler de Lola si ouvertement avec des femmes que je ne connais pas bien. Avec Maisy, je veux parler des choses importantes. Et rien ni personne n’est plus important pour moi que ma fille.
— Seize ans. Sa mère, Anna, et moi étions amoureux au lycée. Nous étions dépassés et peu préparés quand Anna a appris qu’elle était enceinte.
— Ça a dû être difficile, répond Maisy.
Son expression est attentionnée et son ton compatissant. Ce n’est pas de la pitié ou du jugement comme chez la plupart des femmes, et pour ça, je suis suffisamment reconnaissant pour continuer.
— Anne et moi avons rompu quand Lola avait environ un an. Ça n’a pas été violent ni dramatique ni rien. Nous savions tous les deux que nous voulions plus qu’une relation amoureuse, mais nous étions amis, parents, et Lola était la glue qui nous maintenait ensemble. On m’a proposé des bourses partout dans le pays pour jouer au hockey et Anna a accepté de déménager avec Lola pour que je puisse toujours m’impliquer dans sa vie. Après que j'ai signé chez les Rams, elles sont venues à Seattle avec moi. C’est là qu’Anna a rencontré Ben, son mari actuel, et a fondé une nouvelle famille.
— Est-ce que ç’a été dur ?
Je secoue la tête.
— Pas comme tu le penses. J’étais heureux, soulagé même, qu’Anna trouve quelqu’un qui l’aime comme elle méritait d’être aimée. Et Lola a hérité d’un nouveau modèle masculin. Anna et Ben ont deux garçons qui m’appellent tonton et je suis heureux que Lola ait la chance d’avoir des frères qui la rendent zinzin. Elle est proche d’eux.
— C’est… Waouh, c’est tellement évolué de votre part à tous.
Maisy secoue la tête, comme si elle avait du mal à croire au fonctionnement de tout ça. Mais ça fonctionne. Anna et moi nous sommes engagés à être parents et nous faisons toujours passer Lola en premier.
Je hausse les épaules.
— Ça n’a pas toujours été facile, mais je suis content que Lola ait Anna comme maman. Elle fait toujours passer son rôle en premier, elle est toujours là pour Lola et nous n’avons jamais vécu toutes ces conneries dramatiques que j’ai vu les autres mecs de mon équipe supporter avec leur mariage.
— Donc, tu n’as jamais été marié ?
— Non.
Maisy hoche la tête, assimilant l’information. Quand Jas apporte son café et mon jus d’orange, elle me fait un clin d’œil et je réprime un grognement. L’interrogatoire est proche ; je le sens.
— Merci, Jasmine.
Maisy prend une gorgée de son café.
— Et toi ? demandé-je, voulant détourner l’attention de moi.
Je déteste parler de moi, de mon passé, de ma vie. Avec Maisy, je veux m’ouvrir davantage, ce qui est nouveau pour moi. Mais je lui en ai dit plus qu’à qui que ce soit dans le Tennessee, à part pour Lola et Jas, et je suis prêt à lui céder la parole.
— Je ne me suis jamais mariée, rit-elle. Je ne sais pas si j’ai déjà été amoureuse.
Une ligne se forme entre ses sourcils, comme si elle y réfléchissait, se rappelant ses relations passées.
— Jamais ?
Je trouve ça incroyablement difficile à croire. Des hommes sont sans doute déjà tombés amoureux de Maisy Stratford. Soit elle est dans le déni, soit c’est tout à fait évident.
Maisy pince les lèvres et secoue la tête.
— Même de ton… ton ex ?
— Certainement pas de Josh.
Elle répond si rapidement que je me demande si elle me dit la vérité ou si elle soigne son ego blessé en même temps que son cœur.
— Au début, je pensais que si. Mais ces derniers mois… les signes étaient là.
— Quels signes ?
Elle me décoche un petit sourire qui n’atteint pas ses yeux. Elle essaie de paraître indifférente alors qu’il est évident qu’elle est blessée. Mon côté protecteur remonte à la surface.
— Il a emménagé, mais n’a jamais contribué au loyer ou aux courses, ni rien. Il a changé de boulot sans m’en parler, a tenté de me convaincre de rester dans le cabinet d’avocat de Tim alors qu’il savait, il savait à quel point c’était difficile.
Je déglutis, mes mains trouvent mon jus d’orange et, encore une fois, le serrent trop fort. J’étais au premier rang quand Tim a parlé à Maisy lorsqu’elle était son assistante. Il était horrible, rabaissant. La façon dont il traitait Maisy est la principale raison pour laquelle je ne l’ai pas pris.
— Et… d’autres trucs, laisse-t-elle échapper en soupirant. Au fond, je sais que je suis mieux sans lui. Mais la rapidité avec laquelle il m’a quittée, le message – dit-elle en riant jaune –, ça fait mal, tu sais ? Comme si je ne valais même pas la peine qu’il m’appelle.
Lentement, je hoche la tête. Sa douleur est plaquée sur son visage, écrite dans les lignes autour de sa bouche, présente dans l’anneau gris autour de ses iris.
Je tends la main de l’autre côté de la table et la place par-dessus la sienne, l’écrasant entre la table et ma paume.
— Tu mérites mieux, Maisy. Plus.
Ma voix est rauque comme s’il fallait aller gratter les mots du fond de ma gorge.
Mais Maisy entend le soupçon de vérité parce qu’elle sourit. Un vrai sourire qui illumine son visage et grâce auquel je me sens comme l’homme le plus important, le plus merveilleux de l’univers.
— Merci de me dire ça, Axel.
J’opine du chef en retirant ma main quand Jasmine réapparaît avec notre commande.
De nouveau, elle ne parvient pas à dissimuler l’excitation face à cette avancée dans ma vie personnelle. De nouveau, je l’ignore. Je garde les yeux rivés sur Maisy, me demandant comment j’ai pu être aussi chanceux.
Aujourd’hui, particulièrement, j’étais au bon endroit, au bon moment. Pour une bonne raison.
Pour un homme qui ne croit pas au hasard, ça ressemble malgré tout au destin.
* * *
Quand je me gare dans l’allée de Maisy, la voiture de Josh a disparu. Elle soupire de soulagement, baissant la tête tout en coinçant une vague de cheveux derrière son oreille.
— Encore merci, Axel, dit doucement Maisy. La journée a été plus facile grâce à toi.
— C’était pas moi.
— Bien sûr que si.
Elle baisse les yeux.
— Et j’adore la robe.
Un côté de ma bouche se redresse.
— Je suis content.
Elle hoche la tête, ses yeux soutiennent les miens pendant un instant qui dure plus longtemps qu’il ne devrait, mais pas assez.
Quand je m’éclaircis la gorge, elle sursaute.
— Bon, conclut-elle en ouvrant la portière côté passager. On se voit plus tard, alors.
— Demain, lui rappelé-je, puisqu’il est hors de question que je ne passe pas par le bureau principal chaque fois que j’en aurai l’occasion, surtout sachant qu’elle y sera. Tous les jours. De 9 h à 18 h.
Elle me fait signe, les clés dans la main, avant de déverrouiller sa porte d’entrée et de disparaître à l’intérieur.
Je reste assis dans son allée et j’admire sa simple maison plain-pied. Il y a des fenêtres décorées de fleurs et la porte d’entrée est jaune, comme le soleil.
Elle ressemble à l’une de ces premières maisons dans lesquelles un jeune couple fonderait une famille. Même de l’extérieur, c’est douillet, accueillant et chaleureux. Je m’installe pour faire marche arrière quand son sac d’un bleu presque marine attire mon regard. Il est coincé entre la console centrale et le siège, donc Maisy l’a sans doute oublié quand il a glissé.
Je mets le véhicule à l’arrêt, me saisis de son sac et me dirige vers sa porte d’entrée. La curiosité m’envahit à l’idée de la voir chez elle, d’en apprendre plus sur elle. Est-ce tout aussi accueillant à l’intérieur ? Est-ce que ça dégage la même chaleur que son sourire, la même sincérité que ses yeux ?
Je frappe à la porte, surpris quand elle s’entrouvre. Le pavé numérique pour entrer s’illumine, mais aucun code n’a été enregistré pour verrouiller la porte.
Je fronce les sourcils. Est-ce qu’elle laisse vraiment la porte déverrouillée et entrouverte ?
La poussant pour entrer, je l’appelle :
— Maisy ?
Rien. Aucune réponse, juste un silence figé.
Mon inquiétude grimpe en flèche en moins de deux secondes et je fonce dans la maison, me demandant si quelque chose d’inquiétant est arrivé avec Josh. J’entre si rapidement que je manque de heurter Maisy dans le dos.
— Putain, juré-je en enroulant mes bras autour de sa taille pour nous maintenir debout.
Le corps de Maisy est toujours dans mes bras, immobilisé par le choc.
— Maisy ?
Je la retourne, posant mes mains sur ses épaules, et la secoue légèrement.
— Qu’est-ce qu’il y a ? Qu’est-ce qui ne va pas ?
Ses yeux croisent les miens, confus et… blessés.
— Il a pris les meubles.
Quoi ? Je regarde par-dessus son épaule et…
— Quel enculé.
Son salon est vide, mis à part pour le support de la télévision, toujours fixé au mur. Il a même pris la télé.
— Il a pris mes meubles, chuchote-t-elle pour elle-même, le ton lourd d’incrédulité.
Une froideur me traverse les veines quand je réprime la colère qui irradie de moi comme une putain de source de chaleur. Maisy n’a pas besoin de ma colère en ce moment ; elle a besoin de moi.
— Assieds-toi ici.
Je l’éloigne de son salon vide et la guide vers la salle à manger, espérant y trouver une table. Je soupire de soulagement quand, finalement, nous entrons dans une cuisine. Je l’aide à s’asseoir sur l’un des tabourets de l’îlot.
Je me déplace dans la cuisine comme si j’étais déjà venu des centaines de fois et non pas seulement quelques secondes, je remplis un verre d’eau et le dépose devant elle.
Ensuite, je sors mon portable et appelle Mila.
— Axel ? répond-elle, surprise.
— Viens tout de suite chez Maisy, ordonné-je. Et emmène Devon.
— Attends, quoi ? Qu’est-ce qui se passe ? Est-elle…
— Elle va bien.
Mon ton est sec tant je contiens à peine ma colère.
— Venez, c'est tout, d’accord ?
— Ouais, d’accord. Devon et moi serons là dans dix minutes.
Je raccroche le téléphone en le lançant sur le comptoir.
L’expression de Maisy me brise le cœur, son regard est désemparé. Elle s’affaisse sur son siège, la défaite pèse lourd sur ses épaules et j’ai envie d’envoyer mon fichu poing dans le mur.
Je m’approche et enroule un bras autour d'elle, timidement, délicatement, de la même façon que je l’aurais fait pour Jasmine ou l’un des garçons d’Anna.
Mais quand Maisy se tourne vers mon étreinte, rien ne va plus et je l’enlace de toutes mes forces. Je la prends dans mes bras et la tiens tout contre moi, lui murmurant des sons apaisants en faisant courir mes doigts dans ses cheveux.
Je réduis l’espace qui existait entre nous – comme entre des connaissances polies, agréables et décontractées – et je lui montre que je suis là pour elle.
Que je m’inquiète pour elle.
Et que je n’irai absolument nulle part.