
La faiblesse du fort E-book
Il n’y avait qu’une seule femme qui comptait vraiment pour moi : ma fille. Jusqu’à ce que Maisy Stratford débarque au secrétariat des Thunderbolts du Tennessee avec un sourire chaleureux et un plateau de pâtisseries.
En tant que nouvelle employée chez les Bolts, Maisy est optimiste, enthousiaste et s’exprime comme une déesse.
Tout le contraire de moi.
Connu sous le nom du Bagarreur, je suis un défenseur de la NHL dur, silencieux et brut de décoffrage. Je n’ai plus connu de rancards depuis des années. Je n’ai jamais été marié et ma fille est un petit diable de vingt et un ans. Je ne sais pas comment exprimer mes sentiments ni comment faire confiance à une femme. Même à celle qui a un cœur en or.
Quand ma fille, Lola, m’encourage, je décide enfin d’inviter Maisy à sortir.
Mais je ne veux pas être son lot de consolation ; je veux être son tout. Même si je ne sais pas comment le lui dire. Même si elle n’est pas prête pour moi.
Pour être tout à fait honnête, je ne suis pas prêt pour elle non plus.
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Extrait exclusif : La faiblesse du fort, Chapitre 1
— Tu es une femme forte et sûre d’elle, répété-je à mon reflet.
Mes cheveux blonds ont été soigneusement bouclés en vagues du style « naturelles à la plage » qui essuient le haut de mes épaules.
Je me penche vers le miroir pour appliquer du mascara.
— Aujourd’hui est le premier jour du reste de ta vie, me rappelé-je en rebouchant le tube de mascara. De bonnes choses se profilent. Tout ce que tu as à faire, c’est être ouverte et prête à les embrasser.
Je prends une profonde inspiration, laisse l’air lentement sortir et souris quand le minuteur de mon four sonne.
— Et une bonne première impression inclut des pâtisseries.
Je mets fin à mon discours et me presse vers la cuisine pour sortir les muffins avant qu’ils ne brûlent.
— Oh, mais ils sont parfaits !
Mon sourire s’illumine tandis que j’observe ma préparation sortie du four. Ma grand-mère ne jurait que par cette recette et c’est la première que maman m’a montrée quand j’avais cinq ans. À l’époque où elle aimait encore pâtisser avec moi. Avant que le beurre et le sucre deviennent proscrits par mon régime et que les muffins soient trop gras pour le petit-déjeuner. J’inspire l’arôme délicieux qui emplit ma cuisine. Des muffins moelleux avec de grosses myrtilles fondantes et succulentes, qui ont la même odeur qu’à la boulangerie.
Je les dispose délicatement sur un plateau et les recouvre d’aluminium afin qu’ils soient prêts à être emportés au bureau pour mon premier jour de travail.
Commencer dans les ressources humaines pour l’équipe de hockey des Thunderbolts du Tennessee est bien différent de ce que j’exerçais avant en tant qu’assistante personnelle de l’avocat Tim Clancy. Mais je me sens déjà mieux.
J’en ai fini avec Tim, qui me rabaissait constamment sur mon intelligence et qui me faisait des remarques sur mon poids. Je suis une femme forte et sûre d’elle qui prépare des muffins du tonnerre et qui est la reine de l’organisation.
Évidemment, mes nerfs jouent au ping-pong dans mon ventre et mes mains sont moites. Mais je renvoie mon anxiété là d’où elle vient et j’embrasse la journée. Aujourd’hui. De bonnes choses se profilent.
Quand les muffins et mon sac sont prêts au pied de la porte, je passe une dernière fois dans la salle de bains. Ma robe d’été, bleu pâle, est nouée à la taille, ce qui permet de la rehausser. Je l’ai assortie à un gilet blanc, à des boucles d’oreilles en perle et à des espadrilles. Je surfe sur la limite entre décontractée et professionnelle, tout comme me l’a conseillé ma meilleure amie, Mila Lewis, la kinésithérapeute personnelle de l’équipe.
Après presque une décennie de jupes crayon et de vestes de tailleur, c’est rafraîchissant de porter quelque chose de joli et de sympa pour travailler. Un signe supplémentaire qui prouve que ma vie s’améliore.
— Forte et sûre de moi.
Je croise mon reflet avec un regard d’acier avant de me faire un clin d’œil.
Puis je me saisis de mon sac à main et de mes muffins et prends la route vers la Ruche, la patinoire de l’équipe et mon nouveau bureau.
Tandis que la voix d’Adèle chantonne doucement dans mes haut-parleurs, je m’arrête à un feu rouge. Mon portable retentit, annonçant l’arrivée d’un nouveau message, et je jette un œil à mon sac, me demandant si ce sont mes parents, ma sœur Missy, Mila ou mon petit ami Josh qui m’envoie un message pour me souhaiter bonne chance pour ma première journée.
Le feu passe au vert et je chante une chanson à pleins poumons, sans une note juste, avant de me garer sur le parking. Je plaque mon sac sur ma poitrine et soulève prudemment le plateau de muffins. Avec la tête haute, je pénètre dans la Ruche et sa promesse de changement.
Mon portable sonne encore et je m’interromps. Et si quelque chose n’allait pas ? Et si Missy avait besoin de moi ? Ou que Mila avait oublié de me dire quelque chose d’important, quelque chose en lien avec les Thunderbolts avant que je ne commence ma première journée ?
Je sors mon téléphone de mon sac en soupirant et passe rapidement le doigt sur l’écran quand les mots qui s’affichent s’impriment dans mon esprit.
Josh : Je n’en peux plus. C’est fini.
C’est quoi ce bordel ?
Josh : D’ici ce soir, j’aurai dégagé toutes mes affaires de chez toi.
Une boule d’incompréhension prend place dans ma gorge. Secouant la tête, je m’accroche à mon portable et parviens à m’avancer jusqu’au bureau d’accueil.
Josh est… en train de rompre avec moi ? Par message.
C’est tellement ridicule, tellement douloureux et humiliant, c’est un retournement tellement cruel pour ces quatre années de relation que mes épaules en frémissent. Je pince les lèvres. Mes mains tremblent, elles aussi. Et je ris.
Nous n’étions pas le couple idéal ni rien, toutefois je pensais qu’il aurait au moins la décence de me quitter en personne. Ces derniers mois, nous n’étions de toute façon plus que des colocs. Je ne dirais pas que je suis surprise que notre relation prenne fin, mais putain, un foutu SMS ?
Vous savez, c’est vraiment typique de Josh de choisir le chemin de la facilité. De résoudre ses problèmes derrière un écran, derrière une distraction. C’est tellement un lâche et…
— Oh ! m'exclamé-je en heurtant un corps en mouvement.
Le plateau s’élève, les dix-huit muffins s’enfoncent droit dans ma poitrine et le papier aluminium s’envole comme un avion de papier.
— Regardez où vous allez, putain ! s’exclame une voix en colère.
Je tente de faire un pas en arrière, trébuchant presque sur mes pieds face à ce son dur et à ce regard agacé et sauvage.
Le gars, l’un des joueurs, sans que je sache lequel, s’agrippe la nuque et une rapide lueur de culpabilité lui traverse les pupilles.
— Merde ! jure-t-il à nouveau en s’écartant de moi.
Choquée et hésitante, je jette un œil au bureau d’accueil. Le silence est trop bruyant avec tous ces regards braqués sur moi affichant des degrés différents de surprise, d’horreur ou de malaise. Pour moi.
Je ferme les yeux le temps d’un battement de cœur et laisse ce moment terriblement gênant, ce malaise à l’état pur, me glisser dessus.
Tu es forte et sûre de toi. Tu ne pleureras pas. Tu vas… bien.
Je me force à ouvrir les yeux, que je pose sur la réceptionniste/manager, Betty, qui m’a chaleureusement accueillie lors de mon entretien pour le poste. Elle ouvre la bouche et…
— Est-ce que ça va ? prononce une voix rauque suivie par un effleurement sur mon coude.
Je lève les yeux et halète, pour une tout autre raison, cette fois.
Axel Daire me regarde de haut avec ses yeux bleu nuit et ses lèvres pincées de colère. On lit tant d’inquiétude dans son regard – pour moi – que des larmes me montent aux yeux.
— Maisy.
Il prononce mon nom d’un ton sec comme s’il comprenait l’intensité de mon humiliation. Comme s’il pouvait goûter la honte qui me colore actuellement les joues.
Je baisse le regard sur ma robe. Ma poitrine est recouverte de muffin, mon gilet est enduit de myrtilles.
Ne pleure pas. Tu es forte et sûre de toi. Ne pleure pas. De bonnes choses se…
— Betty, elle reviendra demain, annonce Axel, toujours de son ton sec.
— Pas de problème, acquiesce Betty en se pressant vers nous pour me guider délicatement vers la porte.
Elle fourre une poignée de serviettes entre mes doigts serrés et baisse la voix.
— Va te nettoyer et demain, on reprend à zéro. Ne t’inquiète pas, la première semaine c’est l’intégration. Beaucoup de documents à remplir, tu ne rates rien.
Elle pouffe et je sais que je devrais au moins sourire ou lui dire merci ou réagir. À la place, je fixe Betty et Axel, l’air hébétée.
Mon portable retentit à nouveau et je ferme les yeux quand le message de Josh me revient en mémoire. Il est probablement chez nous, chez moi, en ce moment, en train d’emballer les morceaux d’un foyer dans lequel je voulais croire un peu trop.
J’ai mal au cœur. Un putain de message. Est-ce tout ce que je vaux ? Est-ce tout ce que vaut cette dernière année de ma vie aux yeux de Josh ?
— Allez, Maisy, m’encourage Axel d’un ton doux qui contraste avec la dureté de son expression.
Il enroule un bras autour de mes épaules et m’accompagne hors de la Ruche.
Encore engourdie, je le suis sans broncher tandis qu’il m’installe sur le siège passager de son véhicule et qu’il passe la ceinture par-dessus ma poitrine pour m’attacher.
Quand il démarre son bolide et que la musique remplit l’espace entre nous, je m’en remets enfin.
— Ma voiture…, dis-je en indiquant ma petite Coccinelle.
— Tu ne devrais pas conduire en état de choc.
Il se met en position marche avant et sort du parking.
Je pivote pour le regarder, surprise, mais étrangement soulagée qu’il soit là. Pour m’aider. Pour prendre soin de moi.
Axel Daire est géant pour un homme. Quand il entre dans une pièce, il en absorbe toute l’énergie. Il prend tout l’espace. Il n’a pas besoin de crier ou d’être vêtu d’une tenue voyante, son silence tenace et sa façon d’observer calmement lui suffisent.
Axel Daire est un homme qui perçoit les choses sans que tu doives les énoncer. Il est bourru et grognon. Il sourit rarement et rit à peine. Mais quand il me regarde, il perçoit mon âme, et la compassion dans son regard me brise presque. C’est la même chose depuis le premier soir où je l’ai rencontré. Cet été, dans un bar sportif bondé. Mila me présentait Devon, un des joueurs et désormais son petit ami. Ce soir-là, Axel était celui qui a soutenu mon regard, qui m’a offert un verre et qui m’a proposé de me ramener chez moi. Axel était celui qui m’a vue.
Il prend la direction de mon domicile, où il m’a déjà déposée une fois ou deux après une sortie avec Mila et Devon.
Pourtant, cela me surprend qu’il se souvienne du lieu où j’habite et qu’il s’y rende silencieusement, sans se soucier du calme, du non-dit entre nous.
Je baisse le regard et remarque que mes mains tremblent.
— River n’aurait jamais dû te parler comme ça, déclare Axel après un moment, ses yeux me jetant un court regard. Il s’excusera.
Je ne remets pas en question son ton affirmatif. Parce que si c’est nécessaire, Axel, également surnommé « le Bagarreur », fera en sorte que River s’excuse.
— Ce n’est pas grave, dis-je d’une petite voix.
— Si, ça l’est, répond Axel d’un ton dur.
Je soupire.
— Il n’y a pas que ça. Je… Mon… Josh a rompu avec moi.
Le visage d’Axel se braque dans ma direction ; la mâchoire tendue et le regard en combustion.
— Quoi ?
Je me lèche les lèvres.
— Mon petit copain, enfin, ex-petit copain, Josh, a rompu avec moi par message. J’ai reçu le texto juste avant que River ne me bouscule. Ce n’était pas sa faute, je me tenais au beau milieu du couloir, les yeux fixés sur mon téléphone. Je ne faisais pas attention.
— Il n’a même pas vérifié que tu allais bien, dit sèchement Axel.
Je fronce les sourcils pour comprendre ses paroles jusqu’à ce que je réalise qu’il parle toujours de River. Patton ! Le nom de famille de River me vient à l’esprit. Il est l’ailier droit. Mais ensuite, Axel ajoute :
— Quel abruti. Un message ?
Je ricane en hochant la tête.
— Horrible, n’est-ce pas ?
Axel hausse les épaules, met son clignotant pour tourner à droite.
— C’est lui le perdant, Maisy.
— Ouais, acquiescé-je. Le fait qu’il m’ait quittée par message est bien la preuve que je l’ai échappé belle.
Axel me regarde comme pour noter la sincérité de mes mots. Satisfait, il se reconcentre sur la route et opine du chef.
— Exactement.
Mais quand nous tournons dans ma rue et que je remarque la voiture de Josh dans l’allée, mon cœur chute et j’ai envie de vomir.
Les scénarios de ces derniers mois défilent dans ma tête. Josh qui annule le repas du dimanche avec ma famille parce qu’il devait travailler et qu’à la place, il est allé jouer à des jeux vidéo avec son pote Steve. L’habitude qu’il avait d’emporter son téléphone avec lui, même dans la salle de bains, comme s’il ne voulait pas que j’y jette un œil, bien que je n’aurais jamais fouiné. Ou le fait que nous n’avons plus couché ensemble depuis des mois et que quand j’ai voulu prendre l’initiative, il m’a fait une remarque désinvolte sur mon corps. Comme si je le dégoûtais. Comme s’il ne supportait pas de me voir nue. Prenant conscience de ma propre faiblesse, des larmes perlent au coin de mes yeux.
Je sais que je mérite plus que ce que Josh me donnait. Je sais que je suis digne d’avoir quelqu’un de mieux, de plus dévoué. Je sais tout ça et pourtant, l’idée d’entrer dans ma maison et de l'affronter me donne de l’urticaire. Ma peau me picote, mon rythme cardiaque augmente et ma respiration accélère.
— Je ne peux pas y aller, sifflé-je presque.
Axel ralentit près du trottoir en face de chez moi, les yeux rivés dans les miens.
— Je peux y aller avec toi si…
— Non, contesté-je en secouant la tête. S’il te plaît. Je ne veux pas faire face à Josh. Je veux juste… je veux partir d’ici.
Mon regard est suppliant et, après m'avoir scrutée longuement, Axel hoche la tête.
Il parcourt mon corps des yeux, les laissant traîner sur les taches de myrtilles. Je fais peine à voir à cet instant. Dans la logique, je devrais rentrer chez moi, changer de tenue et partir. Mais ça signifierait affronter Josh. Je frissonne à cette idée, moi qui déteste tout type de confrontation. Et ce qui serait peut-être même pire qu’échanger des mots avec Josh, ce serait qu’Axel en soit témoin.
— Tu me fais confiance ?
Sa voix est si basse que je pense avoir mal compris.
Je fronce les sourcils en le dévisageant.
Il penche la tête sur le côté.
— Tu me fais confiance, Maisy ?
— Oui, soufflé-je en prenant conscience que c’est vrai.
J’ai plus confiance en Axel Daire qu’en la plupart des autres hommes, même si je le connais à peine. Il émane cette aura, il vérifie systématiquement que quelqu’un peut reconduire ses coéquipiers après une soirée. Il s’intercale toujours au milieu des querelles d’équipe ou quand les Bolts et l’équipe de football de Knoxville, les Coyotes, s’affrontent à Corks, le bar sportif. Bon sang, il prend même congé pour aller voir sa fille, une étudiante de l’Université du Tennessee.
Peut-être parce que c’est un papa. Peut-être parce qu’il a enduré de sales trucs en élevant sa fille depuis son plus jeune âge. Ou peut-être que c’est parce que c’est l’un de ces hommes parfaits. Attentionné, prévenant, bienveillant. Peu importe la raison, je ne lui pose aucune question quand il redémarre et retourne vers la route principale.
Au contraire, je m’installe confortablement sur le siège, m’accroche à la ceinture, là où elle traverse mes seins, et regarde par la vitre.
Quand nous nous garons devant une boutique que j’adore, mon regard se dirige vers Axel. Comment connaît-il cet endroit ? J’écarquille les yeux, exprimant mes pensées.
Le truc le plus étrange se produit. Un côté de sa bouche remonte et s’élève en un quasi-sourire qui adoucit son côté brute. Seigneur qu’il est beau. Fort, féroce et magnifique.
— Je suis là, d’accord ?
Sa voix est si tendre que j’ai de nouveau envie de pleurer.
Heureusement, je me retiens. J’observe Axel qui sort du véhicule et pénètre dans la boutique.
C’est un beau magasin composé de robes d’été stylées, d’accessoires en tout genre et de bottes de cow-girl incontournables. La boutique mélange sans peine les styles bohème, chic et western, c’est un magasin essentiel aussi bien pour les filles de sororité de l’Université du Tennessee que pour les jeunes femmes professionnelles.
En fait, il y a une robe à la vitrine que je convoite depuis des semaines, mais le col en V est profond et j’ai toujours peur que ce soit trop. Vais-je avoir l’air d’en faire trop ?
Toute ma vie, j’en faisais trop, mais jamais dans le bon sens. Seulement de façon à ce que les hommes, ou ma mère, aient un commentaire à faire. Trop épaisse, trop grande, trop lente. Mais quand Axel me regarde, j’ai l’impression qu’il ne voit rien de mes défauts naturels. Au contraire, il me voit et c’est juste.
Je détourne le regard de la vitrine et contrôle mes émotions avant qu’il ne revienne. Ce matin, je suis partie avec l’intention de tourner une nouvelle page, d’embrasser un nouveau départ. Je n’ai jamais pensé que cela me mènerait sur le siège passager de la F-150 d’Axel Daire, mais cela ne me dérange pas.
Je suis forte et sûre de moi. Et quand Axel sort de la boutique, les épaules aussi larges que l’encadré de la porte, les cheveux écartés de son visage et attachés en un chignon désordonné à l’arrière de sa tête, je prends conscience que c’est toujours le cas. De bonnes choses se profilent.
Il se glisse derrière le volant et me tend un sac de shopping sans dire un mot. Une once de panique me noue le ventre. A-t-il acheté la bonne taille ? Ou a-t-il pris la taille en dessous comme faisait toujours Josh ? Même si Josh connaissait ma taille de robe, il prenait toujours la taille en dessous et me jetait un regard quand la fermeture Éclair ne se fermait pas ou que les boutons étaient étirés, comme pour dire « tu pourrais perdre un peu de poids si tu faisais un effort ».
J’expire nerveusement et plonge la main dans le sac, le cœur dans la gorge quand je découvre la robe. Le doux tissu couleur pêche, décoré d’un millier de petites fleurs sauvages. Celle avec le décolleté plongeant. Je jette un rapide coup d’œil à la taille et me retiens de pleurer de soulagement quand je remarque la taille. Ma taille.
Axel m’observe attentivement.
Je m’éclaircis la gorge quand mes émotions m’empêchent de parler.
— Merci, Axel.
Je me saisis de mon portefeuille dans mon sac pour prendre de l’argent liquide.
Axel brandit une main, qu’il pose sur la mienne, et interrompt mon mouvement. Il secoue la tête, les yeux posés sur mon portefeuille.
— De rien.
C’est tout ce qu’il dit avant de s’éloigner de la boutique et de prendre une nouvelle direction.
Émue, je soupire et m’adosse au siège, agrippant la robe dans mes mains. Il m’a acheté une robe. Une belle robe à la bonne taille.
À cet instant, je n’ai pas besoin de savoir où nous allons. Ni pourquoi. Je me sens tellement mieux ici, à côté d’Axel, avec l’impression que l’on me voit. Et que l’on prend soin de moi.
Pourtant…
— Je devrais retourner travailler.
— Betty t’a dit de revenir demain.
— Et toi ? Tu ne dois pas y retourner ? Tu peux me déposer chez Mila.
Depuis que les parents de ma meilleure amie sont décédés quelques années plus tôt, elle m’a donné sa clé.
Axel passe une main sur le haut du volant et me lance un rapide coup d’œil.
— Nan. J’ai patiné tôt ce matin et je suis déjà passé par la salle de muscu. Je suis libre pour le reste de la journée.
— Oh.
— Tu as faim ?
— Quoi ?
Il sourit presque. Encore.
— Est-ce que tu as faim ?
Ses yeux tombent sur ma poitrine pendant un moment.
— Parce que je meurs de faim depuis que j’ai réalisé que j'ai manqué l’occasion de goûter l’un de tes célèbres muffins.
Je pense que c’est la phrase la plus longue que je l’ai jamais entendu dire.
— Je t’en préparerai d’autres, dis-je en rougissant. Pour te remercier.
Je soulève la robe.
— Viens manger avec moi et on sera quitte.
— D’accord, cédé-je doucement, étonnée.
Est-ce que l’univers a envoyé Axel sur mon chemin, aujourd’hui ? Est-ce que le cosmos me fait une blague ? Est-ce que c’est ça, là, ce nouveau départ que je n’ai pas vu venir ?
Il incline le menton et augmente légèrement le son de la musique. Nous parcourons le reste du chemin en silence, mais c’est confortable. Les choses entre Axel et moi sont d’une facilité que je n’ai jamais connue aussi rapidement avec les autres hommes. Je n’ai pas le sentiment qu’il me juge. Ou me critique. Au contraire, c’est comme s’il voulait vraiment être là, en ce moment, avec moi.
Cette idée me fait sourire et je me tourne pour regarder par la vitre afin qu’il ne pense pas que je craque.
Lorsqu’il se gare dans le parking d’un café branché près du campus, je hausse un sourcil.
— Tu connais tous les endroits sympas.
Il baisse la tête.
— Lola.
— Ah, évidemment.
J’ouvre la portière et m'extirpe du bolide. Il était évident qu’avec sa fille, étudiante à l’université, il serait au goût du jour. C’est sans doute pour cette raison qu’il connaissait aussi la boutique.
La main d’Axel plane au-dessus de mes reins tandis qu’il fait un pas à l’intérieur du café. Il ne me touche pas et pourtant, je sens la chaleur de sa paume. Je décèle le côté protecteur dans sa façon de se tenir et je recule d’un demi-pas pour sentir son toucher. J’ai envie de m’ancrer dans la gentillesse qu’il me témoigne.
Une fois installée, je soulève le sac de shopping avec ma nouvelle robe.
— Je reviens tout de suite.
— Prends ton temps.
Je me précipite vers les toilettes. Dès que la porte est fermée derrière moi, je jette un œil à mon reflet et blêmis.
Mon cardigan et ma robe sont tachés de myrtilles. Des morceaux de muffins me collent toujours au creux des seins. Mes cheveux sont dans un sale état, les vagues de ce matin ont laissé place à des boucles imprévisibles.
J’inspire profondément.
— Tu es sûre de toi, répété-je à mon reflet.
Ensuite, je nettoie les morceaux de muffin avec un peu d’eau et une serviette en papier. Je retire mes vêtements et enfile la nouvelle robe, me délectant de la sensation du tissu tandis qu’il glisse le long de mon corps. J’arrange le bustier et je hausse les sourcils quand je découvre à quel point ma poitrine a l’air incroyable. Le tissu colle à mes seins et donne l’impression qu’ils sont rehaussés et fermes. Il effleure ma taille et mes hanches en un trapèze très féminin. Séduisant.
Je laisse échapper un petit rire et tournoie sur moi-même.
Ce n’est pas mon style habituel, mais je l’adore. Je me sens belle et sûre de moi.
Malgré la tournure de cette journée, je dois des remerciements à Axel Daire pour le fait de m’avoir rappelé qui je suis. De m’avoir montré que mes affirmations se sont montrées vraies.
De bonnes choses se profilent.














