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Le regret du junior, e-book de Gina Azzi
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Le regret du junior E-book

Tome 3 sur 6 : Une équipe de choc · Format : E-book

Lionne. C’est le premier mot qui me vient à l’esprit quand j’aperçois la sublime rousse au stand de cupcakes de la patinoire.

Avec son âme d’artiste et son esprit nomade, Béa Turner est magnifique, excentrique et rafraîchissante.

C’est aussi la petite sœur de mon coéquipier.

En tant que junior chez les Thunderbolts du Tennessee, je devrais garder mes distances. Je suis ici pour jouer au hockey et subvenir aux besoins financiers de ma famille. Pour ce faire, je dois éviter toute distraction.

Or Béa ne fait pas que me distraire, elle chamboule complètement mon univers. Une seule blague pourrie et je meurs d’envie de lui courir après. Un seul rencard et je suis accro. Sortir avec elle ? Eh bien, désormais je ne rêve que d’un avenir commun.

La vie d’un hockeyeur, avec les transferts, les voyages, l’incertitude, n’est pas faite pour son cœur d’artiste. Béa rêve d’aventures et d’opportunités, pas d’entraînements sur la glace aux petites heures ni de régimes alimentaires stricts.

Quand je me retrouve dans une situation incompatible avec la carrière de rêve de Béa, je sais que je ne pourrai pas la retenir. Si nous sommes faits pour être ensemble, nous trouverons un compromis. Mais que se passera-t-il si nous ne le sommes pas ?

Et si mon plus grand regret était de laisser ma lionne partir ?

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Extrait exclusif : Le regret du junior, Chapitre 1

Chapitre 1 : Béa

— Voilà ce que tu es censée vouloir, me rappelé-je en déposant le vase atypique avec mes succulentes préférées, les echeverias, sur l’appui de fenêtre.
Je joue avec le groupe de succulentes déjà posées au même endroit et regarde par la fenêtre. La rue dans laquelle j’ai passé la majorité de mon enfance à rouler en vélo n’a pas changé d’un poil. Les boîtes aux lettres sont alignées en une rangée parfaite. Le jardin de Mme Hall est tout fleuri. Même le bout de trottoir sur lequel mon frère Bodhi et moi avions posé nos mains dans le béton frais est toujours là. L’empreinte de ma main à douze ans, immortalisée comme une abeille dans l’ambre.
— Béa ? hurle mon grand frère Beau au pied de l’escalier.
Je soupire et redresse les épaules. C’était ma décision de revenir à la maison après avoir été diplômée de l’école d’art. J’ai fait durer le plaisir le plus possible pour enfin obtenir mon diplôme début janvier.
Néanmoins, je leur ai proposé de rentrer. J’ai toujours prétendu vouloir vivre dans notre petit coin du Tennessee. En fait, si Beau et Bodhi ne m’avaient pas encouragée à suivre mon cursus d’art à Nashville, je serais sans doute toujours ici, dans cette même chambre, à contempler la rue. Exactement comme je le fais à l’instant.
Je m’avance vers la porte.
— En haut, je déballe mes affaires !
Beau grimpe les marches d’un pas lourd et bruyant tandis que je demeure dans l’embrasure de la porte, impatiente de revoir l’incroyable carrure musclée de mon frère.
Il sourit quand il me voit. C’est le même sourire décontracté de mon enfance, mais désormais, les yeux de Beau sont différents. Ils sont voilés d’une rupture, d’une distance que je ne comprends pas tout à fait. Bodhi dit que la guerre et le temps passé loin de la maison ont cet effet sur un homme. Puisque Beau a servi deux fois en Afghanistan et plusieurs fois à l’ambassade, j’imagine que Bodhi a raison.
— Tu es bien installée ? me demande Beau, appuyé contre le mur opposé, les bras croisés.
— Je viens tout juste de déballer mes plantes.
Mon frère esquisse un sourire en coin.
— Tu es sûre de toi, Béa ? Tu aurais pu essayer de trouver un boulot à Boston ou Los Angeles. Tu n’étais pas obligée de…
— Je veux rester près de grand-mère, le coupé-je.
Sincèrement. Après l’accident d’hélicoptère flippant dans lequel mes parents sont décédés quand j’avais neuf ans, grand-mère s’est occupée de nous cinq, les petits Turner, et nous a élevés comme ses propres enfants.
Aujourd’hui, elle approche les quatre-vingt-dix ans et commence à rouiller. Après les incidents de la laque et des pompiers, de la cave pratiquement inondée et de sa chute qui aurait pu finir en hanche cassée, il est clair que grand-mère ne peut plus rester toute seule.
Avec les jumeaux, Brody et Blake, en Californie, et Bodhi dont la carrière décolle à Miami, c’est à mon tour d’être présente. Beau a tenu le coup depuis son honorable libération du service militaire. Désormais, il embrasse la carrière de ses rêves et joue en tant que gardien de but à la NHL pour les Thunderbolts du Tennessee. Mes frères ont sacrifié des années, des occasions de carrière et leur vie sociale pour m’élever avec grand-mère. Il est temps pour moi de prendre ma place et de commencer à m’occuper de ma famille, même si une infime part de mon cœur aspire à quelque chose qui dépasse les frontières de l’État.
— Je suis content que tu sois de retour, ma petite, déclare Beau.
— Nashville n’est pas si loin, lui rappelé-je.
Beau hausse les épaules.
— C’est différent maintenant que tu es là. Tu ne peux pas savoir à quel point je suis soulagé de savoir que tu vas prendre soin de grand-mère.
— Ton sac est prêt pour emménager dans ton appartement d’homme seul ? plaisanté-je, sachant que Beau est désespéré à l’idée d’avoir son propre espace.
Entre son changement radical de carrière et le TSPT dont il souffre depuis son retour, il en a besoin. Le fait que grand-mère ne le lâche pas n’a fait qu’accentuer son anxiété.
Les sourcils de Beau se froncent davantage et une nouvelle ombre voile son regard. Je penche la tête sur le côté et réalise que mon frère avait réellement besoin que je rentre à la maison pour m’occuper de grand-mère.
Pour la première fois depuis que ma décision de revenir est prise, je me sens mieux. Le fait de voir Beau trimer pour s’adapter à sa nouvelle vie, pour vivre son rêve et jouer pour la NHL me fait mal au cœur. Beau a toujours fait passer notre famille et moi en premier. Et maintenant, c’est mon tour d’être là pour lui.
Après un trop long silence, je m’éclaircis la gorge, et le regard de Beau atterrit sur le mien. Il me décoche un sourire penaud tout en baissant la tête.
— Oui, je suis prêt.
— Bien.
Je lui caresse le bras tout en m’avançant pour le dépasser.
— Je t’ai dégoté un job.
Je m’arrête net quand je sens un courant de honte, une vague de douleur me traverser. Est-ce qu’il sous-estime ma carrière artistique ? Est-ce qu’il pense que je suis incapable de suivre ma propre voie, à savoir la poterie ?
— C’est temporaire, se rattrape-t-il rapidement. Le temps que tu t’installes avec grand-mère…
Il se racle la gorge.
— Le temps que tu mettes en place ton activité de poterie, ajoute-t-il, je me suis dit que ça pourrait te dépanner. C’est toujours bien d’avoir un plan de secours.
— Et c’est quoi ?
— Des cupcakes, dit-il, jovial.
Je me tourne pour lui faire face. Il sourit et ma douleur s’évapore. Bien que Beau ait toujours soutenu mes décisions, son enthousiasme quant à mes ambitions avec la poterie est mitigé. Il croit en moi bien sûr, comme il me le dit toujours, simplement, il est réaliste sur ce qu’implique une carrière dans la poterie. Au fond, je m’inquiète qu’il puisse penser que je ne suis pas à la hauteur.
Depuis le décès de nos parents, Beau a toujours pris soin de moi. Peut-être pas comme je le voudrais, mais je ne doute pas de ses intentions. Il a toujours tout fait dans mon intérêt.
— Des cupcakes ?
— Vendre des cupcakes, clarifie-t-il. Il y a une petite boutique éphémère à la patinoire…
— À la Ruche ? demandé-je en haussant un sourcil.
Ce nom est tellement gnangnan.
Il sourit et, le temps d’une seconde, il ressemble au frère dont je me souviens. Cette version de lui-même avant l’Afghanistan et la guerre. Avant que Céline et lui ne rompent et réduisent leur cœur et leur confiance respectifs en miettes.
— Celle-là même. Mais, continue-t-il en se penchant d’un air conspirateur en baissant la voix, il paraît que l’équipe va déménager.
— Déménager ? Où ça ?
Il opine du chef.
— On part dans le centre-ville.
— Genre… dans le stade de foot ?
Toute personne dotée d’un minimum de bon sens sait que l’équipe de la NFL, les Coyotes de Knoxville, font la fierté du football du Sud.
— Oui.
Il paraît surexcité.
— Tu t’imagines ? reprend-il. Le hockey gagne enfin en popularité ici.
— Ils sont autorisés à faire ça ? Rapprocher une équipe de la ville ?
Il hausse une épaule.
— Un des propriétaires de l’équipe, Torsten Hansen, et sa femme, Rielle, ont les poches pleines. Ils possèdent des champs de pétrole dans la Norvège.
— Waouh.
Imaginez être aussi riche ? Je secoue la tête tant c’est risible. Si Beau ne s’était pas engagé dans l’armée, je n’aurais pas eu les moyens de financer l’école d’art.
— Oui. L’impossible devient possible avec ce genre de richesses.
— J’imagine bien. Des cupcakes, alors ?
— Oui. La Primrose Sweets. C’est une chaîne de la NHL.
— Comment ça ?
Beau passe un bras sur mes épaules tandis que nous nous dirigeons vers les escaliers.
— La propriétaire, Noelle DiSanto, a épousé Scott Reland, le propriétaire des Hawks de Boston. Et c’est la fille du propriétaire des Sharks de New York, Rick DiSanto.
— Seigneur, soufflé-je. C’est presque… de l’inceste.
Il s’esclaffe et ce son me fait sourire. Il est fort et sans retenue. Comme il l’était avant. Il m’attire à lui et dépose un baiser sur ma tempe avant de me libérer pour que nous puissions descendre.
— Tant que j’y pense. Maintenant que tu es de retour, ne commence pas à fréquenter un hockeyeur, Béa.
Je lui lance un regard par-dessus mon épaule.
— Ni un footballeur, insiste-t-il.
Ensuite, j’éclate de rire. Je ris si fort que mes boucles auburn tremblent. Je marque une pause dans les escaliers pour m’agripper à la rampe.
— Beau !
— Quoi ? s’étonne mon frère avec un regard sévère.
Je secoue la tête et descends.
— Comme si un sportif – un sportif professionnel – pouvait en avoir quelque chose à faire de moi !
J’indique mon corps de haut en bas comme si cela confirmait mes dires.
Le regard de Beau s’intensifie.
— Beau, j’ai des cheveux roux bouclés désordonnés et je suis généralement couverte d’argile et de poussière. Je n’ai plus porté de maquillage depuis que Céline m’a crevé les yeux avec un tube de mascara pour le bal de rentrée en quatrième.
L’expression de mon frère se durcit à la mention de Céline et je m’insulte silencieusement. Beau ne sait pas que son ex-petite amie de longue date, devenue une star hollywoodienne, et moi parlons encore. J’ai essayé de le lui dire à maintes reprises, mais il m’a fait taire.
Céline étant la seule présence féminine dans ma vie, en dehors de grand-mère, je n’ai pas pu me résoudre à couper les ponts. J’avais trop besoin d’elle, je comptais beaucoup trop sur elle. Et même aujourd’hui, alors que mon frère lui a brisé le cœur, elle est toujours là pour moi.
— Tu es belle, Béa.
Sa voix est grave et ferme.
— Je suis bizarre, le corrigé-je.
Il m’attire dans une nouvelle accolade.
— Beaucoup de mecs adorent les filles bizarres. Même les sportifs professionnels.
Il me relâche et me regarde fixement.
— Il faut que tu sois à la patinoire demain pour 10 h. Tu as rendez-vous avec Noelle.
Ma mâchoire se décroche tandis que je porte mes mains à ma crinière indisciplinée.
— La déesse héritière des cupcakes ?
Beau pouffe.
— J’ai entendu dire qu’elle était très terre-à-terre.
— Tu me donnes en appas aux vipères, répliqué-je en secouant la tête. La déesse des cupcakes et un stade débordant de joueurs de hockey.
— Hé ! Je suis un joueur de hockey.
— Oui, mais tu ne m’ignores pas.
— Crois-moi, Béa. Personne ne peut t’ignorer.
Je hausse les sourcils avec sarcasme.
— Tu te souviens du lycée ?
L’expression de Beau s’adoucit.
— Tu as changé depuis le lycée. Tu es une adulte maintenant.
— Oui, dis-je doucement. On a tous changé.
Beau acquiesce.
Ma famille en a tellement bavé. Nous avons évolué.
— Béa ! Tu as faim ? me lance grand-mère.
Beau et moi échangeons un sourire.
Eh bien, peut-être pas grand-mère. C’est toujours une coriace pleine de douceur. Mais, Seigneur, comme je l’aime. J’aime mes frères aussi.
Ma famille est la raison pour laquelle je suis revenue, mettant un frein à mes envies d’aller à New York, Los Angeles ou de pratiquer l’art. À la place, je vais reprendre ma vie dans ce petit coin tranquille du Tennessee, tout comme j’ai toujours été vouée à le faire.
Tout comme j’en avais envie quand j’étais au lycée, avec mon petit copain et mes amis d’enfance. Avant d’emménager à Nashville et d’ouvrir mon univers à une multitude d’opportunités, ça ici, c’était plus que suffisant. Aujourd’hui, je dois me convaincre que c’est toujours le cas. Ça le sera.
* * *
— Quel plaisir de te rencontrer, Béatrice, me salue une sublime femme avec des boucles blondes et des yeux bleus étincelants, le lendemain matin.
Comment fait-elle pour dompter ses boucles ?
C’est bizarre si je le lui demande, non ? Sûrement, oui.
J’esquisse un pas en arrière, face à sa beauté aveuglante. Mais son sourire est chaleureux et ses cupcakes ont l’air magiques, donc je m’oblige à tendre la main et à prendre la sienne avec le plus de délicatesse possible.
— Plaisir partagé. Appelez-moi Béa.
— Béa, répète-t-elle, souriant de plus belle. J’aime bien. Voici ma moitié, Scott, déclare-t-elle en me présentant un homme séduisant qui nous rejoint.
Le coin des yeux de Scott se plisse quand il sourit et il paraît beaucoup plus sympa que l’incroyable hockeyeur propriétaire auquel je m’attendais.
— Enchanté, Béa.
— Enchantée, également. Merci d’avoir pris ma candidature en considération pour le poste.
— Tu plaisantes ?
Noelle indique le stand éphémère et je la suis.
— Tu es surqualifiée, poursuit-elle. Beau m’a dit que tu avais d’autres projets en cours et j’ai entendu parler de ta grand-mère.
Son visage affiche un air compatissant, alors que ses yeux sont dénués de pitié, ce que j’apprécie.
— Donc, tu peux considérer ce job comme temporaire ou permanent, à toi de voir, mais si tu décides de prendre une nouvelle direction, tu dois prester un préavis d’au moins deux semaines.
— Bien sûr, acquiescé-je, perdue.
Je pensais passer un entretien pour le poste. Quel genre de ficelle mon frère a-t-il dû tirer pour me décrocher ce boulot ? Je suis à peine qualifiée, je suis la fille de vingt-trois ans la moins sociable, la plus maladroite et étourdie de la planète.
— Qu’est-ce que Beau vous a dit à mon sujet ?
Je dois rougir d’inquiétude parce que Scott pouffe.
— Que tu veux lancer ton propre business. De la poterie ? m’interroge Noelle.
Je me sens tellement reconnaissante envers Beau quand j’opine du chef. Peut-être qu’il respecte ma décision, après tout ?
— Si tu as besoin de conseils pour te lancer, intervient Scott, elle est bien placée pour t’en donner.
Désormais, le regard de Noelle s’emplit d’une tout autre compassion, celle-ci se mêle à de la compréhension.
— Surtout quand ta famille n’est pas à cent pour cent derrière toi.
Ah, peut-être que Beau ne me soutient pas autant que je l’espérais.
Je baisse la tête.
— Merci, Noelle. Scott, dis-je en indiquant le stand de la main. Merci de me donner cette chance. S’il vous plaît, expliquez-moi tout ce que je dois savoir.